Conte d’ici – comment vivre

Na­guère, une ré­volte éclata dans un pays rongé par l’in­jus­tice. On la ré­prima ; des in­sur­gés fu­rent ébor­gnés, d’au­tres per­di­rent une main.

Le gou­ver­ne­ment se main­tint, mais il eut peur. Il fit vo­ter une loi qui ren­força la po­lice. Dé­sor­mais, celle-ci pour­rait fil­mer la po­pu­la­tion avec des dro­nes.

Un homme l’ayant ap­pris à la ra­dio écri­vit ce po­ème :

Comment vivre, mon âme,
Maintenant que le ciel
Est un poste de garde ?
Nous entrons en enfer.

T. C.

La Lune blanche

Paul Ver­laine, ou l’art de sai­sir l’in­sai­sis­sa­ble…


La lune blanche
Luit dans les bois ;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

Paul Verlaine,
La Bonne Chanson, 1870

L’Écorce et la Pulpe fête ses deux ans

Chers abonnés, chers lecteurs occasionnels,

L’Écorce et la Pulpe fête ses 2 ans ! 2 ans de poèmes dans vos petites boîtes mails et sur notre site ! Un grand merci pour vos commentaires et votre soutien amical et discret mais toujours présent.

Pour l’occasion, nous avons décidé de vous laisser la plume ! Envoyez-nous un poème avant le 31 juillet en nous écrivant via notre page contact.

Toutes les thématiques et toutes les formes sont possibles. Nous publierons le poème que nous aurons le plus aimé le 15 août ! Il n’y a rien à gagner à part la gloire ! Et la gloire, c’est déjà beaucoup !

Merci par avance pour votre participation.

Tristan Colovray et Céline Dumas

Le Silence des martyres – 2

à Virginia Woolf

Le soleil de midi
Accablait de chaleur
La campagne déserte
Et criblait d’incendies
La surface du fleuve.

Je suis le chêne, je suis la bi­che ; je suis le ver, je suis la foule. Je suis l’ar­doise et le pavé, je suis le prince et le bossu, la rose et la tem­pête.

Elle arpentait la grève,
Et saisie de vertiges,
Amassait des galets
Dans ses poches profondes.

Je suis l’ins­tant qui meurt, je suis l’ins­tant qui vient, et ja­mais ne me re­pose.

Sa robe dans l’eau claire
Ondulait comme une algue,
Son regard se noya
Dans le reflet du monde…

T. C.


Ce po­ème a paru dans le nu­méro 2 du Co­que­li­cot Re­vue.