Le temps n’a plus

Le temps n’a plus son vieux manteau
De vents mauvais, de lourdes pluies ;
Il s’est vêtu de broderie,
Le soleil drape ses épaules…

Tous les insectes, les oiseaux
Saluent de mille mélodies
Le temps nouveau…

Dans des reflets d’argent poli,
L’eau des fontaines, des ruisseaux,
Vibre des joies que l’air charrie ;
Chacun respire de nouveau !

Il pleut

L’âme lasse, l’œil torve, on erre mollement
Et un jour l’on s’arrête devant une fenêtre.
On aperçoit, hagard, un chat mouillé miaulant,
Et il pleut au dehors comme il pleut au dedans.

Les gouttières rouillées ruissellent dans le cœur
Qui dégouline lors en de tendres périls
Comme les montres molles de l’illustre Dali,
Et il pleut au dehors comme il pleut au dedans.

Ah… un soupir s’échappe et l’averse redouble.
L’affreux matou hirsute geint dans notre occiput.
Au clapotis des gouttes, les sanglots longs se troublent,
Et il pleut au dehors comme il pleut au dedans.

C. D.

Premier Remords

Au temps où je portais des habits de velours
Éparses sur mon col roulaient mes boucles brunes.
J’avais de grands yeux purs comme le clair des lunes ;
Dès l’aube je partais, sac au dos, les pas lourds.

Mais en route aussitôt je tramais des détours,
Et, narguant les pions de mes jeunes rancunes,
Je montais à l’assaut des pommes et des prunes
Dans les vergers bordant les murailles des cours.

Étant ainsi resté loin des autres élèves,
Loin des bancs, tout un mois, à vivre au gré des rêves,
Un soir, à la maison craintif comme j’entrais,

Devant le crucifix où sa lèvre se colle
Ma mère était en pleurs !… Ô mes ardents regrets !
Depuis, je fus toujours le premier à l’école.

Émile Nelligan,
Émile Nelligan et son œuvre, 1903

Connectez-vous

Connectez-vous à vos désirs,
Vos sentiments, vos sensations.
Voyez le verre à moitié plein ;
Cueillez le jour, cueillez l’instant.
Faites une pause.

Challengez-vous au quotidien,
Vos petits pas deviendront grands.
Vos convictions vous rendent unique ;
Exprimez-vous, sortez de l’ombre,
Soyez vous-même.

Laissez s’ouvrir votre conscience
Aux vibrations de chaque chose,
Vivez la vie sans artifices.
Soyez heureux, tout simplement ;
Soyez vous-même.

T. C.


Remerciements :
Je suis re­con­nais­sant en­vers TED, Ova­mine, res­pire, Psy­cho­lo­gies Ma­ga­zine, Psy­cho­lo­gie po­si­tive, La Sul­tane, Hap­pi­nez, re­us­si­te­per­son­nel­le.com, Dé­ve­lop­pe­ment Per­son­nel et les-defis-des-filles-zen.com, sans l’in­ven­ti­vité des­quels ce po­ème n’au­rait pu se faire.

Lorsque, sous les crachats

Ro­bert de Mon­tes­quiou fut un dandy flam­boyant, mé­lan­co­li­que, rail­leur et sou­vent raillé.


Lorsque, sous les crachats, les affronts, les épines,
Et le sceptre de jonc, et l’éponge de fiel,
Le Christ agonisait, des extases divines
Venaient lui rappeler qu’il était Roi du Ciel.

Le reniement ingrat, les caresses rusées,
La flagellation, l’impudeur d’être nu,
Le gibet appuyant sur les veines usées
Et, plus que tout, le poids de l’amour méconnu

Composent le supplice ineffable et sans plainte
De pouvoir savourer, grisante comme un vin,
Sous les yeux d’une haine où se cache une crainte,
La forte volupté de se sentir divin.

Robert de Montesquiou,
Un moment du pleur éternel, 1919

Ratapoil, assoiffé de lumière

Or voici Ratapoil, assoiffé de lumière,
Qui va d’un pas rêveur, au hasard de la ville,
Glaner le nez en l’air ce que l’heure charrie
De grâce et d’harmonie, d’épiphanies soudaines…

Il oublie tout, longe les quais, s’achète un livre,
Trouve un coin de terrasse inondé de soleil ;
Il feuillette et remarque, au sortir d’un poème,
Le regard appuyé d’une belle voisine…

L’éblouissante créature alors se lève,
S’approche et lui sourit – le voilà comme au ciel –
Puis elle dit : « Ah ! Quel beau chapeau portez-vous ! »

Comme il roulait dans son esprit un compliment
Qui fût une réponse audacieuse et plaisante :
« D’où vient-il donc ? Il me le faut pour mon époux. »

T. C.

Que de fois j’ai souri

Dans la pré­face de son ou­vrage, Tris­tan De­rème ex­pli­que qu’il veut don­ner « à sou­rire des sen­ti­ments gra­ves » sans ces­ser de les dire avec sin­cé­rité.


Que de fois j’ai souri pour te cacher mes larmes !
Que de fois j’ai noué des roses sur mes armes
Pour te dissimuler que j’allais au combat !
Fallait-il que mon fiacre à jamais s’embourbât
Et se perdît dans les ornières de la vie ?
Comment faut-il encor ce soir que je sourie
Lorsque j’entends crouler le monde autour de moi
Et quand l’espoir suprême où j’avais mis ma foi
Je le vois s’effeuiller comme une primevère ?
Garçon, apportez-moi du fiel dans un grand verre.

Tristan Derème,
La Verdure dorée, 1922

Vingt ans

Danser toute une nuit, sur Freddy Mercury,
Comme si cette nuit durait toute la vie.
Flanôcher sur les quais, à trois heures du matin,
Un amoureux au cou, le bonheur dans la main.

Avoir un corps d’athlète et un cœur de papier,
Le nez dans les nuages et le monde à ses pieds.
S’imaginer Van Gogh, Beauvoir ou bien Barthez
Et changer d’avenir comme on change de chaise.

Se lever à midi et garder pour habit
Un pyjama moelleux, les rêves d’une nuit.
Retrouver les copains, au ciné, à la mer,
Réinventer le monde et sillonner la Terre.

Qu’est-ce que c’était bon, alors, d’avoir vingt ans !

Avoir un matelas qui ne s’effondre pas,
Un réfrigérateur qui vraiment fait du froid.
Profiter bien heureux, de janvier à décembre,
D’une pièce spéciale qu’on appelle une chambre.

Apprécier le printemps et les petits bonheurs
En prenant la mesure de leur pleine valeur.
Présenter un projet, un rêve ou une idée
Avecque l’assurance de ses capacités.

Être certain que, non, rugbyman ou banquier
Ne correspondent pas à nos vraies facultés.
Connaître ses limites, sa valeur et ses forces,
Chérir les seings d’amour gravés sur notre écorce.

Ah, qu’est-ce que c’est bon, de n’avoir plus vingt ans !

C. D.