Écoutez, dans l’ivresse illusoire
Des émois fleurissant nos sentiers,
La voix susurrante de l’espoir…
Fiez-vous-y !
J’aimerais pour ma part,
Quand les oiseaux se sont envolés,
Un Tiens plutôt que deux Tu l’auras…
Écoutez, dans l’ivresse illusoire
Des émois fleurissant nos sentiers,
La voix susurrante de l’espoir…
Fiez-vous-y !
J’aimerais pour ma part,
Quand les oiseaux se sont envolés,
Un Tiens plutôt que deux Tu l’auras…
Antoine lève au ciel un visage attristé.
Il songe à la journée qui s’achève ; une journée mauvaise et quotidienne, sans envolée ; une journée de plus, amassée sur les autres dans la fosse du temps…
Il ne voit les lumières électriques, ni n’entend les musiques diffusées par enceinte, les éclats de rire des personnes en terrasses, les propos des piétons ; détaché, il erre dans la ville… Conscience maudite, silhouette aux allures de fantôme, il traîne sa mélancolie sous la lune.
Vivre n’est jamais, lui semble-t-il, suffisant…
T. C.
Pendant un an, nous vous proposerons, pour notre festin des siècles, un cycle de poèmes qui se réfèrent à la mythologie antique.
Artémis était la déesse de la chasse dans le panthéon grec ; elle correspond à Diane chez les Romains.
Le quadrige, au galop de ses étalons blancs,
Monte au faîte du ciel1, et les chaudes haleines2
Ont fait onduler l’or bariolé des plaines.
La Terre sent la flamme immense ardre3 ses flancs.
La forêt masse en vain ses feuillages plus lents ;
Le Soleil, à travers les cimes incertaines
Et l’ombre où rit le timbre argentin des fontaines,
Se glisse, darde4 et luit en jeux étincelants.
C’est l’heure flamboyante où, par la ronce et l’herbe,
Bondissant au milieu des molosses, superbe,
Dans les clameurs de mort, le sang et les abois,
Faisant voler les traits5 de la corde tendue,
Les cheveux dénoués, haletante, éperdue,
Invincible, Artémis épouvante les bois.
José-Maria de Heredia,
Les Trophées, 1893
1. Dans la mythologie antique, le soleil est un char céleste conduit par Hélios.
2. Les vents chauds.
3. Brûler.
4. Lance ses rayons.
5. Les flèches.
Quand cesse la tourmente,
Que le ciel se dégage,
Le désir fait escale
Dans le monde en suspens…
Sa marchandise,
Sur les étals,
Se vend au prix
Du plus offrant…
Alors les négociants
Mettent leurs biens en gage,
Leur corps et leurs bagages,
Et chacun se contente
Selon son capital…
Les tailleurs de Léa, ses escarpins et son sac à main Vuitton composent une élégance atemporelle ; ses longs cheveux ondulent avec un naturel sophistiqué. Ses chemisiers s’ouvrent à demi sur sa poitrine. Un gracieux tatouage orne l’une de ses chevilles, discrètement.
Elle retrouve ses amis dans des cafés de renom, et prend un air d’autorité pour discuter des moindres choses.
Dans une approche systémique, Zoé explique les grands malheurs du monde ; sa voix traîne sur les mots. Elle fréquente les lieux alternatifs, où la bière est locale.
Elle a de nombreux tatouages ainsi qu’une boucle dans le nez. Elle porte des sarouels de couleurs vives, des tuniques à motifs tribaux, des sweat-shirts à capuche et des tricots en laine.
Mais à l’intérieur, elles ne sont guère différentes.
T. C.
Christophe Rafahel s’adresse ici aux dieux de toutes les religions.
Il fait si froid si seul en un cœur balayé
Du vent des vanités, si loin de son aurore,
L’en consoler, une parole suffirait.
Mais quelle compassion attendre du désert ?
Personne sinon soi : on dit vers l’horizon
À soi-même les mots qu’on espérait entendre.
On se leurre, on le sent, on meurt seul à jamais
Et pour s’en apaiser, Seigneurs, on vous invente.
Joindre les mains tendues en geste d’oraison !
Que serrons-nous ? Du vent entre deux paumes jointes.
Et l’écho des soupirs, qui l’écoute sinon
Seulement celui-là qui a poussé sa plainte ?
Christophe Rafahel,
« Prières », Poésies ?, 2011
En fonction depuis plusieurs décennies, le président Harvek jouit de tous les pouvoirs. Il décrète et légifère, il administre. Il impose sa volonté.
Il donne des emplois de prestige à ses soutiens les plus fidèles. Il entretient une armée de drones. Sa police, aussi nombreuse que vorace, torture, viole, mutile et tue. Il fait régner l’ordre ; son visage de bon père de la patrie s’affiche partout en portrait.
Il possède une île sauvage qu’il ne quitte presque jamais, dirigeant son pays à travers des écrans. À ses rares visiteurs, il déclare qu’il ne saurait plus se passer de son paradis de verdure.
En réalité, il craint qu’on n’attente à sa vie.
T. C.
De 1933 jusqu’à sa mort en 1978, Maurice Carême vécut avec son épouse dans une maison blanche.
Sans doute lentement mon corps disparaîtra
Comme sèche au soleil un thyrse1 de lilas,
Mais pareil au bouquet que le givre en décembre
Recrée patiemment à la pointe des branches,
Je resterai longtemps comme un luisant contour
Dans cette maison blanche où grandit mon amour.
Longtemps encore l’air sous mon souffle léger
Fera chanter le jour tranquille de ma chambre.
Longtemps encor les murs où j’aimais m’appuyer
Sentiront doucement sur eux passer mon ombre.
Les objets chanteront lorsque mes mains amies
Reviendront caresser leurs surfaces polies,
Et longtemps l’on verra danser dans la lumière
Mon visage à jamais dénoué de la vie.
Maurice Carême,
La Maison blanche, 1949
1. Une grappe.