Tournez, tournez, bons chevaux de bois

Dans ce po­ème, la pe­tite mu­si­que de Ver­laine em­brasse le grand re­frain du monde.


Tournez, tournez, bons chevaux de bois,
Tournez cent tours, tournez mille tours,
Tournez souvent et tournez toujours,
Tournez, tournez au son des hautbois.

L’enfant tout rouge et la mère blanche,
Le gars en noir et la fille en rose,
L’une à la chose1 et l’autre à la pose2,
Chacun se paie un sou de dimanche.

Tournez, tournez, chevaux de leur cœur,
Tandis qu’autour de tous vos tournois3
Clignote l’œil du filou sournois,
Tournez au son du piston vainqueur !

C’est étonnant comme ça vous soûle
D’aller ainsi dans ce cirque4 bête :
Bien dans le ventre et mal dans la tête,
Du mal en masse et du bien en foule.

Tournez au son de l’accordéon,
Du violon, du trombone fous,
Chevaux plus doux que des moutons, doux
Comme un peuple en révolution.

Le vent, fouettant la tente, les verres,
Les zincs5 et le drapeau tricolore,
Et les jupons, et que sais-je encore ?
Fait un fracas de cinq cents tonnerres.

Tournez, dadas, sans qu’il soit besoin
D’user jamais de nuls éperons
Pour commander à vos galops ronds :
Tournez, tournez, sans espoir de foin.

Et dépêchez, chevaux de leur âme :
Déjà voici que sonne à la soupe
La nuit qui tombe et chasse la troupe
De gais buveurs que leur soif affame.

Tournez, tournez ! Le ciel en velours
D’astres en or se vêt lentement.
L’église tinte un glas tristement.
Tournez au son joyeux des tambours !

Paul Verlaine,
Sagesse, 1880


1. En ar­got, « cho­ser » si­gni­fie « faire l’amour ».
2. At­ti­tude ma­nié­rée, va­ni­teuse.
3. Vos tour­noie­ments (ar­cha­ïsme).
4. Au XIXe siè­cle, le cir­que ac­cueille prin­ci­pa­le­ment des spec­ta­cles éques­tres.
5. Comp­toirs de dé­bit de bois­son.

Comme un reflet

Comme un reflet gros de soleil
Laisse dans l’œil un trait de flamme,
Les roches abruptes
Griffent le ciel
Immense et bleu
De la Bretagne…

La fon­taine de Ba­ren­ton sourd au cœur de Bro­cé­liande. À la pleine lune, les jeu­nes hom­mes y voient, dit-on, le vi­sage de leur pro­mise.

Soudain furieux,
Le vent se rue
Dans les bruyères,
Puis se fait doux et caressant
Comme un reflet…

Quand j’ar­ri­vai à la fon­taine, trop cer­tain d’y dé­cou­vrir ton image, je n’osai m’y pen­cher… Pour­quoi ne nous sommes-nous ja­mais ai­més ? Com­ment avons-nous pu pas­ser à côté de notre his­toire ?

L’ombre portée d’un goéland
File en troublant les raies de sable
Qu’a déposées la marée basse ;
Je nage nu
Dans l’océan
Dont les éclats plaquent d’argent
Mon grand regret…

T. C.


Ce po­ème a paru dans le nu­méro 76 de Po­é­sie/pre­mière.

Sonnet

L’âge ba­ro­que a donné de nom­breux po­è­tes à la France. Marc-Antoine Gi­rard, sieur de Saint-Amant, est l’un des plus tou­chants den­tre eux.


Assis sur un fagot, une pipe à la main,
Tristement accoudé contre une cheminée,
Les yeux fixés vers terre, et l’âme mutinée1,
Je songe aux cruautés de mon sort inhumain.

L’espoir qui me remet du jour au lendemain,
Essaie à gagner temps sur ma peine obstinée,
Et me venant promettre une autre destinée,
Me fait monter plus haut qu’un Empereur Romain.

Mais à peine cette herbe est-elle mise en cendre,
Qu’en mon premier état il me convient descendre,
Et passer mes ennuis à redire souvent :

« Non, je ne trouve point beaucoup de différence
« De prendre du tabac, à vivre d’espérance,
« Car l’un n’est que fumée, et l’autre n’est que vent. »

Marc-Antoine Girard de Saint-Amant,
Les Œuvres, 1629


1. Agi­tée, ré­vol­tée, fu­rieuse.

Le Renouveau

I

Le brouillard qui s’effiloche
Laisse émerger par endroits
Le vert profond des sapins ;
Nous n’aurons pas eu de neige,
Cet hiver fut moribond.

Installée devant son poste,
La vieille dame d’en face
Fait du tri dans ses pelotes
Et regarde une émission.

Je vous écris cette lettre
Dans l’épure du matin ;
J’imagine vos paupières
Qui frémissent avant d’éclore…

II

Être mal ainsi que je le fus ces der­niers temps est pire que d’être triste ou mal­heu­reux. La gorge se tord, les épau­les se voû­tent, on res­pire moins ; la pen­sée ru­mine et le cœur co­gne au lieu de bat­tre, comme pour que s’ou­vre une porte…

C’est pour cela qu’au­jour­d’hui, me ré­veil­ler avec le goût de re­gar­der le ciel est une joie.

T. C.

Cors de chasse

Le lyrisme d’Apollinaire est un travail de lucidité.


Notre histoire est noble et tragique
Comme le masque d’un tyran
Nul drame hasardeux ou magique
Aucun détail indifférent
Ne rend notre amour pathétique

Et Thomas de Quincey1 buvant
L’opium poison doux et chaste
À sa pauvre Anne allait rêvant2
Passons passons puisque tout passe
Je me retournerai souvent

Les souvenirs sont cors de chasse
Dont meurt le bruit parmi le vent

Guillaume Apollinaire,
Alcools, 1913


1. Écri­vain bri­tan­ni­que, au­teur des Con­fes­sions d’un man­geur d’opium an­glais.
2. Dans la mi­sère, Tho­mas de Quin­cey se lia avec une jeune pros­ti­tuée pré­nom­mée Anne. Il la per­dit lors­qu’il s’ab­senta de Lon­dres plu­sieurs mois. Par la suite, ca­res­sant l’es­poir de la croi­ser, il erra sou­vent dans les rues de la ca­pi­tale.

Connectez-vous

Connectez-vous à vos désirs,
Vos sentiments, vos sensations.
Voyez le verre à moitié plein ;
Cueillez le jour, cueillez l’instant.
Faites une pause.

Challengez-vous au quotidien,
Vos petits pas deviendront grands.
Vos convictions vous rendent unique ;
Exprimez-vous, sortez de l’ombre,
Soyez vous-même.

Laissez s’ouvrir votre conscience
Aux vibrations de chaque chose,
Vivez la vie sans artifices.
Soyez heureux, tout simplement ;
Soyez vous-même.

T. C.


Remerciements :
Je suis re­con­nais­sant en­vers TED, Ova­mine, res­pire, Psy­cho­lo­gies Ma­ga­zine, Psy­cho­lo­gie po­si­tive, La Sul­tane, Hap­pi­nez, re­us­si­te­per­son­nel­le.com, Dé­ve­lop­pe­ment Per­son­nel et les-defis-des-filles-zen.com, sans l’in­ven­ti­vité des­quels ce po­ème n’au­rait pu se faire.


Ce po­è­me fait par­tie d’un dip­ty­que.

Lorsque, sous les crachats

Ro­bert de Mon­tes­quiou fut un dandy flam­boyant, mé­lan­co­li­que, rail­leur et sou­vent raillé.


Lorsque, sous les crachats, les affronts, les épines,
Et le sceptre de jonc, et l’éponge de fiel,
Le Christ agonisait, des extases divines
Venaient lui rappeler qu’il était Roi du Ciel.

Le reniement ingrat, les caresses rusées,
La flagellation, l’impudeur d’être nu,
Le gibet appuyant sur les veines usées
Et, plus que tout, le poids de l’amour méconnu

Composent le supplice ineffable et sans plainte
De pouvoir savourer, grisante comme un vin,
Sous les yeux d’une haine où se cache une crainte,
La forte volupté de se sentir divin.

Robert de Montesquiou,
Un moment du pleur éternel, 1919