L’Arcadette

Ce mois-ci, nous vous pro­po­sons un son­net de Re­née Ri­vière ; merci à elle pour cette con­tri­bu­tion :


Ode à ma petite sœur

Tu chantonnais, les pieds par les flaques souillées,
Les Matelots du Ciel luisaient dans le Canal
Que tu rêvais, au creux de tes phases anales –
Ah là, là, la saison splendide ! C’était l’Été.

Tes petites culottes étaient de coton doux,
Poupée barbie dorée, tu fourrais dans ta bourse
Des Œufs. En chocolat dont le cœur était l’Ourse
Et l’Étable des grands Seigneurs de Caoutchouc.

Et tu les incarnais en décollant les croûtes
Ces bons rois aux sceptres d’ambre à la voix de Prout
De praline à tes genoux ronds, Petite Sœur.

Sautillant, princesse en ces terres fantastiques
Comme un Navire, tu jouais à l’Élastique !
Tu ne semblais pas voir que vieillirait ton cœur.

Renée Rivière

Conte d’ici – Le centre-ville

La Mélancolie du coursier Uber

Dans un pays aux iné­ga­li­tés crois­san­tes, en un siè­cle féru de tech­no­lo­gie, il était pos­si­ble de se faire li­vrer tout ce que les res­tau­rants plus ou moins pro­ches pro­po­saient à leurs tables. Il suf­fi­sait d’en faire la de­mande sur une pla­te­forme nu­mé­ri­que.

Aux heu­res des re­pas, de jeu­nes cy­clis­tes s’at­trou­paient sur les pla­ces et dans les rues des quar­tiers com­mer­çants, près des snacks et des bras­se­ries. Ils at­ten­daient, un peu ab­sents, qu’une course leur soit con­fiée.

Ces tra­vail­leurs étaient des tâ­che­rons ; le temps perdu entre deux li­vrai­sons ne leur était pas payé, de sorte qu’ils ga­gnaient une mi­sère.

Les ri­ches ci­ta­dins se ré­ga­laient à loisir. Comme leurs com­man­des ar­ri­vaient à vélo, ils étaient heu­reux de faire un geste pour la pla­nète.

Un jour d’été nu­a­geux, un cour­sier écri­vit ce po­è­me :

Le centre-ville est maussade
Comme une vie sans espoir ;
À l’horizon se dessinent
Deux burgers et trois sushis.

T. C.

Les Quatre Saisons

Ariette

Je marche dans la neige
Et je ferme les yeux
Sur le jour qui s’achève
En mon cœur amoureux

Là s’élèvent au ciel bleu
Des perdrix et des roses
L’effluve de tes yeux
Enivre chaque chose

Ce monde d’espoirs fous
Qui s’envole en fumée
Est l’unique séjour
De mon cœur grand brûlé

Écoute les pleurs drus
Ô morveux de mon cœur
Qui sèment sous les nues
Le déchet de mes heures
Et se perdent éperdus

T. C.

Allure de marche

Ce mois-ci, nous vous pro­po­sons une nou­velle suite de haï­kus de Marie-Catherine Be­lu­che ; merci à elle pour cette con­tri­bu­tion :


Un flot sur la berge
Les coureurs, comme le fleuve,
Songent-ils à la mer ?



Des bourgeons déjà !
Le théâtre est au spectacle1
Voir fleurir les magnolias



Février venu
Ils ne percent plus la neige
Les premiers crocus



En rythme binaire
La rue Soulary2 résonne
Marches matinales



Au pied du sapin
Un écureuil dans la ouate
Bondit en silence

Marie-Catherine Beluche


1. À Lyon, le par­vis du thé­â­tre des Cé­les­tins est garni de ma­gno­lias. (Note de l’Au­trice.)
2. Avec plus de 400 mar­ches, la rue Jo­sé­phin Sou­lary pos­sède un des plus longs es­ca­liers lyon­nais, per­met­tant de re­lier le pla­teau de la Croix-Rousse et les bords du Rhône joux­tant le parc de la Tête d’Or. (Note de l’Au­trice.)