Mon petit

Mon petit, mon enfant, né entre des murs blancs,
Foulant tes premiers pas sur le goudron gelé,
Sauras-tu discerner le bougainvillier blanc
De cette fleur orange, qu’on nomme « lis tigré » ?

Mon petit, mon enfant, né dans la ville grise,
Pédalant vaillamment dans un parc de béton,
Sauras-tu que le souffle, le blizzard et la bise
Sont bien plus vivifiants dans les vertes régions ?

Mon petit, mon enfant, né entouré d’autos,
Bolides vrombissants et crachant des fumées,
Pourras-tu observer les petits passereaux
Transporter le pollen dans toutes les contrées ?

Mon petit, mon enfant, né près des magasins
Qui distribuent des steaks, des cuisses sous blister,
Sauras-tu deviner qu’ils viennent des lapins,
Des bœufs et des poulets qu’élève la fermière ?

Mon petit, mon enfant, né au pied des vitrines
Où des néons fluos tricotent des slogans,
Verras-tu, un beau jour, de ta vue cristalline,
L’obscurité profonde, le noir resplendissant ?

C. D.