Conte d’ici – Le centre-ville

La Mélancolie du coursier Uber

Dans un pays aux iné­ga­li­tés crois­san­tes, en un siè­cle féru de tech­no­lo­gie, il était pos­si­ble de se faire li­vrer tout ce que les res­tau­rants plus ou moins pro­ches pro­po­saient à leurs tables. Il suf­fi­sait d’en faire la de­mande sur une pla­te­forme nu­mé­ri­que.

Aux heu­res des re­pas, de jeu­nes cy­clis­tes s’at­trou­paient sur les pla­ces et dans les rues des quar­tiers com­mer­çants, près des snacks et des bras­se­ries. Ils at­ten­daient, un peu ab­sents, qu’une course leur soit con­fiée.

Ces tra­vail­leurs étaient des tâ­che­rons ; le temps perdu entre deux li­vrai­sons ne leur était pas payé, de sorte qu’ils ga­gnaient une mi­sère.

Les ri­ches ci­ta­dins se ré­ga­laient à loisir. Comme leurs com­man­des ar­ri­vaient à vélo, ils étaient heu­reux de faire un geste pour la pla­nète.

Un jour d’été nu­a­geux, un cour­sier écri­vit ce po­è­me :

Le centre-ville est maussade
Comme une vie sans espoir ;
À l’horizon se dessinent
Deux burgers et trois sushis.

T. C.

Conte d’ici – comment vivre

Na­guère, une ré­volte éclata dans un pays rongé par l’in­jus­tice. On la ré­prima ; des in­sur­gés fu­rent ébor­gnés, d’au­tres per­di­rent une main.

Le gou­ver­ne­ment se main­tint, mais il eut peur. Il fit vo­ter une loi qui ren­força la po­lice. Dé­sor­mais, celle-ci pour­rait fil­mer la po­pu­la­tion avec des dro­nes.

Un ci­toyen écri­vit alors ce po­ème :

Comment vivre, mon âme,
À présent que le ciel
Est un poste de garde ?

Nous entrons en enfer.

T. C.