Ratapoil, assoiffé de lumière

Or voici Ratapoil, assoiffé de lumière,
Qui va d’un pas rêveur, au hasard de la ville,
Glaner le nez en l’air ce que l’heure charrie
De grâce et d’harmonie, d’épiphanies soudaines…

Il oublie tout, longe les quais, s’achète un livre,
Trouve un coin de terrasse inondé de soleil ;
Il feuillette et remarque, au sortir d’un poème,
Le regard appuyé d’une belle voisine…

L’éblouissante créature alors se lève,
S’approche et lui sourit – le voilà comme au ciel –
Puis elle dit : « Ah ! Quel beau chapeau portez-vous ! »

Comme il roulait dans son esprit un compliment
Qui fût une réponse audacieuse et plaisante :
« D’où vient-il donc ? Il me le faut pour mon époux. »

T. C.

Ratapoil, qui s’abîme en lui-même

Or voici Ratapoil qui s’abîme en lui-même ;
Sans voir que de sinistres nuages se forment,
Il emprunte au-delà des trottoirs de la ville
Les chemins escarpés de sa conscience en peine…

Des roches s’ébauchaient, et des plaines sans arbre,
Un monde exténué dont le souffle est un râle,
Le désert d’une vie,
Quand un frisson soudain lui secoue tous les os :

Un orage mitraille la place du kiosque.
Les jambes retroussées, le dos perclus de crampes,
Les gens fuient en tous sens à sauts de sauterelle ;
Ratapoil sent la pluie passer ses vêtements.

« Je n’ai pas le bonheur de séduire les femmes
« Ni le goût de l’argent,
« Gémit-il en poussant la porte d’un bistrot,
« Il faudrait que j’apprenne à jouer au tarot… »

T. C.