Le Mème

Po­ème écrit à par­tir des der­niers mots de cha­que vers du po­ème « Le Son­net de l’homme au sa­ble » de Ver­laine (Pa­ral­lè­le­ment, 1889).


Regarde, regarde le mème :
L’affreux type éclate une noix
Avecque une fureur suprême !
(Son tablier n’est plus très droit)

Tu vois bien, c’est un vrai problème !
La noix est émiettée, tu vois !
Reste plus qu’à faire carême
Ou à sucer des bouts de bois.

Allons barboter à la marge,
Allons nager très loin au large ;
Et les mouettes que voici

Éloigneront la queue du diable
Les vents et les marées aussi.
Mais déjeunons au préalable !

C. D.

Pseudo-sonnet imbriaque et désespéré

Que fait pourtant un pauvre ivrogne ?
II se couche et n’occit personne !
Olivier Basselin.

Let us have wine : and women, mirth and laughter !
Sermons and soda-water the day after !
Man, being reasonable, must get drunk ;
The best of life is but intoxication !
Lord Byron.

Vin ! Hydromel ! Kummel ! Whisky ! Zythogala !
j’ai bu de tout ! parfois saoûl comme une bourrique !
l’Archiduc de Weimar jadis me régala
d’un vieux Johannisberg à très-cher la barrique !

Dans le crâne scalpé du sachem Ko-Gor-Roo
Boo-Loo, j’ai puisé l’eau des torrents d’Amérique !
pour faire un grog vive l’Acide Sulfurique !
Tout petit je suçai le lait d’un kanguroo ! 1

(Mon père est employé dans les pompes funèbres :
c’est un homme puissant ! J’attelle quatre zèbres
à mon petit dog-car et je m’en vais au trot !)

Or aujourd’hui, noyé de Picons et d’absinthes,
je meurs plus écœuré que feu Jean des Esseintes :
Mon Dieu ! n’avoir jamais goûté de vespetro !

Georges Fourest,
La Négresse blonde, 1909


1. Un kanguroo femelle bien entendu. (Note de l’auteur.)

Avril

Pff, que m’importe avril !
Que m’importent les pies,
Les primevères graciles,
Les parasols, les grills…

« Adieu, bonnets de laine !
Rhumes, gants et mitaines ! »
Diront les amoureux,
L’avenir devant eux.

« Au placard les froidures !
Bienvenue, ciel d’azur ! »
Lanceront les frileux,
Du soleil plein les yeux.

Pourtant, moi, je grelotte,
Le cœur plein d’engelures,
La gaîté en pelote
Et la peine en boutures.

Mon printemps, où est-il,
Si ce n’est en avril ?
Quand est-ce que l’hiver
Changera d’hémisphère ?

C. D.