Fermez votre demeure
Au terrible visage
De la mélancolie !
Verrouillez-vous, mon cœur ;
C’est un chien qui enrage,
Notre mélancolie…
Poèmes d’Orléans
Le 25 de chaque mois, nous publierons la réécriture d’un poème de Charles d’Orléans. Ce texte remplacera le précédent pour donner un aperçu nouveau de l’ouvrage de Tristan.
Fermez votre demeure
Au terrible visage
De la mélancolie !
Verrouillez-vous, mon cœur ;
C’est un chien qui enrage,
Notre mélancolie…
En hiver, demandez :
« Un bon feu ! Un bon feu ! »
Et quand viendra l’été :
« À boire ! À boire ! À boire ! »
Voici malgré la blague
Un conseil avisé :
Grâce à lui, vous saurez
Converser en tout lieu !
Car toujours l’homme veut,
Dans son corps empesé,
Avoir chaud dans le froid
Et gagner d’autres cieux…
Pour déjeuner, l’un va sur l’herbe ;
Un autre rit, rêve tout haut,
Et celui-ci cherche sa rime…
L’un pour dîner sort les chandelles ;
Et de vin cuit, de vin nouveau
Ou de passion, chacun s’enivre…
Perché sur l’arbre ou en troupeau,
Il faut mener, quand tout est dit,
Une vie bonne, ou pas trop bête…
Verrai-je jamais la fin
De vos pénibles caprices,
Mélancolie ?
Quand au soir je me délivre,
Vous revenez au matin,
Mélancolie…
Et je sens vos froides mains
Étouffer chaque plaisir,
Mélancolie…
Tracez-vous donc mon destin
Dans mes plaies maintenues vives,
Mélancolie ?
Les bons et friands morceaux
Réconfortent la poitrine
S’ils sont avalés tout chauds…
Pour les appétits nouveaux,
Cuisinez des plats sans sauce,
Évitez l’excès d’épices :
Il suffit d’une perdrix
Bien tendre et maigre de peau,
Travaillée fine au couteau…
Je rêvai cette nuit-là que le printemps, dont la fringante rumeur me parvenait étouffée, triomphait à ma fenêtre. Une lumière crue inondait ma chambre…
Lire la préface aux Poèmes d’Orléans
