De 1933 jusqu’à sa mort en 1978, Maurice Carême vécut avec son épouse dans une maison blanche.
Sans doute lentement mon corps disparaîtra
Comme sèche au soleil un thyrse1 de lilas,
Mais pareil au bouquet que le givre en décembre
Recrée patiemment à la pointe des branches,
Je resterai longtemps comme un luisant contour
Dans cette maison blanche où grandit mon amour.
Longtemps encore l’air sous mon souffle léger
Fera chanter le jour tranquille de ma chambre.
Longtemps encor les murs où j’aimais m’appuyer
Sentiront doucement sur eux passer mon ombre.
Les objets chanteront lorsque mes mains amies
Reviendront caresser leurs surfaces polies,
Et longtemps l’on verra danser dans la lumière
Mon visage à jamais dénoué de la vie.
Maurice Carême,
La Maison blanche, 1949
1. Une grappe.