Désirs téméraires

Pour Tris­tan l’Her­mite, il faut vi­vre glo­rieu­se­ment, et re­cher­cher la gloire dans l’amour…


Nous devons prendre un vol hautain
Dans une ardeur démesurée ;
Si notre trépas est certain,
Notre gloire est bien assurée.
Icare approcha du soleil
Malgré le timide conseil
D’une affection paternelle.
Concevons le même discours ;
Imitons-le dans nos amours,
Il fit une chute mortelle :
Mais son audace fut si belle
Que l’on en parlera toujours.

Tristan l’Hermite,
La Lyre du sieur Tristan, 1641

Ne viens plus

Sagesse

Pour ap­pri­voi­ser le temps qui passe, Léon Vé­rane mène une vie sim­ple face à la mer…


Pour Maurice Allem

Vers quelque lointaine Colchide,
J’aurais pu, moderne Jason,
M’embarquer d’une âme impavide
Pour aller ravir la toison ;

Et, désormais ivre de gloire,
Me voir acclamé dans Paris,
Dans tous les cinémas notoires,
Comme le gagnant du Grand Prix.

J’aurais pu… Mais dans mon village
J’ai préféré vivre ignoré,
Me réservant la part du sage :
Les flots verts, les sillons dorés.

Les livres de quelques poètes,
Une pipe, un flacon poudreux1
M’ont suffi pour changer en fête
D’humbles jours sous de calmes cieux.

Et pour voir, sans deuil ni tristesse,
Décroître au détour du chemin
Le fantôme de ma jeunesse
Avec des roses dans la main.

Léon Vérane,
Le Promenoir des amis, 1924


1. Pous­sié­reux.

Le Chevalier à la rose

À Mademoiselle de Lenclos

Voici, avec ce po­ème sous-titré « Étren­nes », des vœux de bonne for­tune que Paul Scar­ron adressa à Ni­non de Len­clos1 pour la nou­velle an­née :


Ô belle et charmante Ninon,
À laquelle jamais on ne répondra non,
Pour quoi que ce soit qu’elle ordonne
Tant est grande l’autorité
Que s’acquiert en tous lieux une jeune personne,
Quand avec de l’esprit elle a de la beauté.

Puisque hélas à cet an nouveau
Je n’ai rien d’assez bon, je n’ai rien d’assez beau
De quoi vous bâtir une étrenne,
Contentez-vous de mes souhaits ;
Je consens de bon cœur d’avoir grosse migraine,
Si ce n’est de bon cœur que je vous les ai faits.

Je souhaite donc à Ninon
Un mari peu hargneux, mais qui soit bel et bon,
Force gibier tout le carême,
Bon vin d’Espagne, gros marron,
Force argent sans lequel tout homme est triste et blême
Et qu’un chacun2 l’estime autant que fait Scarron.

Paul Scarron,
Recueil de quelques vers burlesques, 1643


1. Cé­lè­bre cour­ti­sane.
2. Et que cha­cun.

L’Amour en fumée


Ce po­ème a paru dans le nu­­­méro 36 de la re­­vue Squeeze.

Le Loup et le Chien

Jean de La Fon­taine in­ter­roge no­tre goût du con­fort.



1. Chien de chasse et de garde, trapu, au mu­seau écrasé, à for­tes mâ­choi­res et lè­vres pen­dan­tes.
2. Au poil lui­sant.
3. Gros chien de garde.
4. Hom­mes mi­sé­ra­bles.
5. Hom­mes sans bien ou sans cré­dit.
6. Ce qu’on peut pren­dre avec les lè­vres.
7. Aux pè­le­rins.
8. De co­pieux res­tes de re­pas.
9. Le cou.

Le Printemps de Pierrot