Bien avant les romantiques, les poètes baroques ont trouvé en la nature un refuge pour leurs peines.
Si, ne pouvant forcer mon humeur volontaire,
Je trouble par mes cris le silence d’un bois,
Les oiseaux ont pitié de ma dolente1 voix,
Et soupirent tout haut l’ennui qu’il me faut taire.
Si, couché sur les bords d’une onde solitaire,
Je l’entretiens des maux qu’en aimant je reçois,
Son cristal en murmure et bientôt j’aperçois
Qu’elle s’égare enfin de sa course ordinaire.
Si je raconte aux fleurs ma cruelle douleur,
Soudain toutes les fleurs en changent de couleur ;
Ainsi pour mon sujet toute chose soupire.
Mais dieux ! quel est mon sort ? Je suis plaint ici-bas
De tout ce qui ne peut alléger mon martyre,
Et ce qui le peut bien ne le désire pas.
Guillaume Colletet,
Les Divertissements, 1631
1. Souffrante.