J’ai rêvé d’une jungle

Al­bert Sa­main, dont on re­tient sur­tout la veine élé­gia­que, est un po­ète sur­pre­nant…


J’ai rêvé d’une jungle ardente aux fleurs profondes,
Moite dans des touffeurs de musc et de toisons,
D’une jungle du Sud, ivre de floraisons,
Où fermentait l’or des pourritures fécondes.

J’étais tigre parmi les tigresses lubriques,
Dont l’échine ondulait de lentes pâmoisons.
J’étais tigre… et dans l’herbe, où suaient les poisons,
L’amour faisait vibrer nos croupes électriques.

Le feu des nuits sans lune exaspérait nos moelles.
Dans l’ombre, autour de nous, fourmillantes étoiles,
Des yeux phosphorescents s’allumaient à nous voir.

Un orage lointain prolongeait ses décharges.
Et des gouttes d’eau chaude, ainsi que des pleurs larges,
Voluptueusement tombaient du grand ciel noir.

Albert Samain,
Au jardin de l’Infante, 1897

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